La tristesse des anges, de Jon Kalman Stefansson
Jens le postier arrive à cheval dans un village, complètement transi de froid, véritable statue de glace figée sur sa monture. Il trouve refuge chez Helga, où nous retrouvons le gamin et le vieux capitaine aveugle, personnages centraux du précédent roman de Stefansson, « Entre ciel et terre ». Après avoir repris des forces, Jens doit reprendre la route pour poursuivre son périple et livrer le courrier jusqu’au bout du monde. Helga demande alors au gamin de l’accompagner, car elle sait que le postier a une peur panique de la mer, et que son inévitable traversée risque d’être fatale à ce solitaire courageux et bourru.
Les deux hommes entreprennent alors un long voyage dans le froid, la neige et le vent. Une odyssée dans un monde désolé et hostile, où pourtant d’autres hommes vivent, ou plutôt survivent en attendant la fin d’un interminable hiver qui les contraint à l’hibernation. Ces rencontres improbables sont autant de moments forts et poignants, qui rendent le récit d’une humanité intense et bouleversante. De plus en plus intense aussi est la relation entre ces deux compagnons d’infortune si différents, qui s’épaulent et se sauvent mutuellement la vie. Tout sépare Jens le taiseux et le gamin poète et bavard, mais lorsque le second parvient à fendre l’armure du premier et à le faire parler un peu, le roman devient tout simplement sublime. Les mots sont alors le dernier rempart contre une nature qui veut tout geler, un rempart contre la mort.
« La tristesse des anges » est le deuxième volet d’une trilogie dont on attend déjà avec impatience le dernier tome. Car si « Entre ciel et terre » était déjà magnifique, j’ai trouvé que ce deuxième opus gagnait encore en intensité. Ce voyage est une lutte incessante contre une nature impitoyable qui met durement les hommes à l’épreuve, et les rend du même coup poignants et inoubliables. Le style de Stefansson, tout de poésie et de grâce, rend aérien et magique un livre qui aurait pourtant tout pour être déprimé. Il faut absolument lire cet auteur, si l’on veut découvrir une prose sublime et unique.
Je ne voudrais par terminer mon billet sans souligner une nouvelle fois (cf. ma critique d’Entre ciel et terre) le talent de traducteur d’Eric Boury, grâce à qui la magie et la poésie de ce récit sont intégralement rendues au lecteur.
Commentaires(2)





Bonjour Aliénor,
Merci pour votre commentaire sur mon blog! Merci aussi pour cette critique de La tristesse des anges. Il y a longtemps que je voulais en écrire une – je le ferai bien à un moment où à un autre – mais je n’ai vraiment pas eu le temps. En tout cas, cela me fait toujours plaisir de voir que les auteurs islandais sont de plus en plus lus en France et qu’il y a des gens, comme vous, pour reconnaître le travail des traducteurs!
Amitiés,
Eric
Un roman magnifique et c’est vrai que le travil du traducteur est tout simplement éblouissant. Mon avis est ici :http://litterature-a-blog.blogspot.com/2012/01/la-tristesse-des-anges.html