09 juin 2010 ~ 4 Commentaires

Une vue splendide, de Fang Fang

Lecture en cours   Petit huitième est né dans une famille chinoise très pauvre, qui vit dans une cabane de 13 mètres carrés secouée toutes les sept minutes par le passage d’un train. Onze personnes sont entassées dans cette cabane et survivent difficilement. Mais petit huitième, lui, n’a pas survécu à cette misère et est mort au bout de seize malheureux jours de vie. Certains le considèrent d’ailleurs comme le plus chanceux de la fratrie. Et c’est depuis son cercueil enterré juste à côté de ce lieu de vie sordide qu’il nous raconte l’histoire de ses parents et de ses frères et sœurs. 

Loin d’être morbide, c’est ce choix de l’auteur qui donne toute sa force à ce roman très court. Car cet enfant – ce bébé – raconte avec ses mots, sans jugement ni tabou. Le tableau de cette famille est très noir, mais il est brossé de manière simple et crue. Un père alcoolique et violent, une mère aguicheuse qui accepte et finalement apprécie que son mari la batte. Un septième frère qui est le bouc émissaire du père et qui dort sous le lit parental faute de place. Le frère aîné qui travaille de nuit pour pouvoir dormir le jour, faute de place également. Certains membres de cette famille sont largement plus évoqués que d’autres, et à chaque fois le portrait est brut et terrible, mais dressé avec distanciation par ce petit ange narrateur. Cette famille est bien loin d’être idéale, mais c’est la sienne. Il ne peut en avoir honte, n’ayant pas eu le temps de connaître ce sentiment. 

Au travers de l’histoire terrible de cette famille, ce livre est une très lourde charge contre la révolution culturelle, que Fang Fang a subi de plein fouet puisqu’elle a, durant cette période, été empêchée de poursuivre des études. D’abord ouvrière à Wuhan, elle entra à l’université en 1978, à l’âge de 23 ans, et en ressortit diplômée en littérature chinoise. A la lecture de ce livre, je n’ai pu m’empêcher de penser au roman « Le rêve du village des Ding », de Yan Lianke, dont le narrateur est également un enfant décédé. Yan Lianke, auteur censuré dans son pays, est de la même génération que Fang Fang. Deux écrivains dont la vie et l’œuvre sont profondément marquées par la même page de l’histoire de la Chine. 

« Une vue splendide » est une belle découverte pour moi, car ce livre, même si la distanciation du récit entraîne une distanciation lors de sa lecture, n’est certainement pas du genre à se laisser oublier. Et m’a donné envie de découvrir plus avant cette auteure. 

4 Réponses à “Une vue splendide, de Fang Fang”

  1. Intéressant comme point de vue. Comme ça, ça paraît vraiment morbide mais si tu dis que ce n’est pas le cas, pourquoi pas.

  2. Point de vue original et littérature chinoise que je commence à découvrir, double intérêt.

  3. Pourquoi pas en effet, le titre est plus léger que le thème

  4. Fang Fang est sur ma liste d’auteurs à découvrir et ton commentaire m’incite à la lire rapidement. Mai, j’espère que je trouverai un livre meilleur que « Le village des Ding qui m’a moyennment intéressé ».


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