Vous faire partager mon univers…

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Un blog parmi d’autres dans la communauté des blogueurs passionnés de lecture. Un blog pour vous faire partager mes coups de coeur littéraires (qui sont parfois des coups de gueule), mais aussi mes modestes écrits et mes humeurs. Bref un blog pour parler de ce que j’aime ou pas, mais surtout de ce que j’aime… d’où son titre.

Les larmes du Phénix, de Pascal Vatinel

    L’action débute en 1988, en Corée du Nord. Kim Young Im, jeune institutrice, prépare son évasion avec un couple d’amis. Bientôt, un autre couple les rejoint dans le projet. Ils sont supposés apporter leur aide financière au cours de cette fuite qui va durer des mois, mais leur présence va compliquer le plan déjà très dangereux conçu pour cette évasion. Ils sont en effet parents d’un bébé de quelques mois, et la présence de cette petite fille va accroître les risques encourus.

Vingt ans plus tard, Kim Young Im, installée en Corée du Sud, reçoit l’invitation du pasteur qui l’a aidée à fuir et à changer de vie, de l’autre côté de son pays. Cet homme, qui a aidé de nombreux coréens, organise en effet une soirée à Washington, au cours de laquelle certains témoigneront de ce qu’ils ont vécu. Un journaliste français, envoyé spécial chargé d’écrire un dossier sur le sujet pour le magazine qui l’emploie, décide d’interviewer Kim. Fasciné, il l’écoute dérouler le fil de ses souvenirs, et décide de l’aider à reconstituer le puzzle des événements. Car il est évident que la réfugiée n’est pas au courant de tout ce qui s’est passé durant son terrible périple clandestin.

Ce roman se lit comme un thriller, grâce à l’alternance des chapitres se déroulant en 1988 avec ceux prenant place en 2008. C’est là la « marque de fabrique » de Pascal Vatinel, qui avait construit de la même manière « L’affaire du cuisinier chinois ». Une construction qui lui réussit, puisque le livre est une enquête qu’il est difficile de lâcher. J’émettrai toutefois le même bémol que pour le précédent roman, à savoir une abondance de dialogues que j’ai parfois trouvé un peu longs.

1Q84 – livres 1 et 2, de Haruki Murakami

Les habitués de mon blog savent bien sûr à quel point j’aime l’univers particulier d’Haruki Murakami. Ils ne seront donc pas surpris de lire que j’ai adoré les deux premiers tomes d’1Q84, et que j’attends avec impatience la sortie du dernier.

Car comment ne pas plonger dès les premières pages dans ce monde parallèle qui ressemble à s’y méprendre à l’année 1984, à la différence notable que deux lunes y brillent la nuit ? Comment ne pas aimer d’emblée Tengo et Aomamé, ces deux êtres solitaires précipités dans une aventure mystérieuse, inquiétante et fantastique ? Tengo et Aomamé, ces deux écorchés de l’enfance qui se sont connus à dix ans mais se sont perdus de vue, et dont on guette avec impatience les retrouvailles. A priori pourtant, rien ne devrait plus réunir ce jeune professeur de mathématiques qui est aussi écrivain, et cette jeune femme qui connaît si bien le corps humain qu’elle est à la fois coach sportif et tueuse à gages.

Mais La chrysalide de l’air va se charger de bouleverser l’ordre établi. Tel est le titre d’un roman bizarre écrit par une jeune fille de 17 ans, réécrit par Tengo à la demande de son éditeur, et qui est le noeud de l’intrigue. La chrysalide de l’air est le livre dans le livre, le noyau autour duquel tout s’articule. Et lorsqu’Aomamé en fait la lecture à la fin du livre 2, quelques clés sont enfin données au lecteur. Mais c’est pour mieux le mettre en haleine, susciter son impatience… et le plonger dans une attente insupportable lorsqu’il referme le livre.

Lorsque ces deux premiers volumes sont sortis à la fin de l’été, j’ai préféré ne pas les lire immédiatement, pour ne pas devoir attendre plus de six mois avant de connaître la fin de l’histoire.  Aujourd’hui, il en reste deux, et cela me semble déjà trop long. Lire Murakami, c’est faire une expérience unique, se plonger dans un univers littéraire qui n’a pas d’égal. Il a le talent d’un chef d’orchestre pour mêler et harmoniser la poésie, la magie, le fantastique, mais aussi des réflexions plus profondes ou des problèmes de société, comme ici le danger des sectes.

Si comme moi vous aimez cet auteur, vous avez sans doute déjà lu 1Q84 et guettez le jour de sortie du troisième livre. Si vous ne l’avez pas encore découvert, j’espère que mon billet enthousiaste et peut-être quelque peu décousu, vous donnera envie de franchir la porte de ce monde parallèle.

Du son sur les murs, de Frantz Delplanque

     Jon Ayaramandi est une figure de Largos, ville balnéaire du pays Basque où il coule des jours paisibles. Après avoir mené une vie bien remplie et agitée de tueur à gages, il n’aspire en effet qu’à ce que sa retraite se déroule sans encombre. Le sexagénaire est heureux de se balader en bord de mer, de boire des coups avec son ami Jean-Luc, et surtout de s’occuper de la petite fille de sa jeune voisine, Perle, dont il est quelque peu amoureux. Alors lorsque celle-ci, affolée, lui demande de l’aider à retrouver le nouvel homme de sa vie, qui vient de disparaître, il ne le fait tout d’abord qu’en traînant les pieds. Mais Jon va vite lier cette étrange disparition avec un autre fait curieux survenu le même jour : le fait d’avoir croisé à Largos un ancien collègue, Burger. Dès lors, il se voit contraint de replonger dans son passé… et de rempiler.

Ainsi que l’a dit Amélie Nothomb dans une chronique du Monde des livres, dès que vous aurez entamé ce roman, vous ne pourrez plus le lâcher. Moi qui ne suis pas fan des livres très dialogués, j’avoue que je me suis laissée prendre dès les premières lignes. Car le ton de l’auteur m’a beaucoup plu. Ce personnage de papy grinçant, indigne et pourtant craquant, est délectable. Frantz Delplanque a le don des petites phrases qui harponnent et font mouche. Il sait remarquablement entamer et conclure chacun des chapitres du roman, avec un grand talent de novelliste. Et les références musicales constantes de notre papy amateur de rock, non seulement campent le personnage, mais donnent un rythme à la lecture. Une lecture endiablée donc, pour un polar sans policier que je vous recommande. Pour un premier roman, c’est une belle réussite !

J’apprends l’allemand, de Denis Lachaud

   L’action se situe à Paris, dans les années 70, où une famille allemande vit dans le déni de ses origines et de sa nationalité. Au point que les deux fils, Max et Ernst, n’ont jamais entendu prononcer un mot d’allemand sous leur toit. Mais Ernst, le plus jeune, refuse ce silence et cherche à comprendre ce que ce comportement peut bien cacher. Alors à son entrée en sixième, il choisit d’apprendre cette langue en premier, contrairement à son frère qui avait choisi l’anglais. Ainsi commence sa découverte d’une langue étrangère puis d’un pays, grâce à un échange entre correspondants.

Le thème abordé ici par Denis Lachaud est on ne peut plus grave et sérieux, puisque le secret de famille que l’adolescent va découvrir est lié au nazisme. Mais en faisant du héros le narrateur de l’histoire, le récit reste simple et brut. Cette quête d’identité est une démarche qui est plus compliquée pour les proches de Ernst que pour lui-même. Pour lui c’est somme toute assez simple, tout comme la découverte de ses premiers émois sexuels dans la chambre de son correspondant. La narration est brève, les phrases sont courtes, comme pour aller à l’essentiel. Car les jeunes ne s’embarrassent guère de périphrases.

C’est donc un roman que je conseillerais aux lecteurs du même âge que le héros, pour son sujet et sa facilité de lecture. Mais à titre personnel, j’ai parfois été surprise par la rapidité du récit et les raccourcis qu’il prend d’un chapitre à l’autre, effaçant les années très rapidement pour se refermer sur un Ernst devenu homme sans que le lecteur ait eu le temps d’en prendre bien conscience.

Le libraire de Sélinonte, de Roberto Vecchioni

Nicolino, le narrateur de cette histoire, explique comment Sélinonte, petite ville de Sicile, a été frappée par une malédiction. Une malédiction qui a privé tous les habitants de la connaissance des nuances et des richesses de la langue. Il est le seul à y avoir échappé, car il est le seul à n’avoir pas traité par le mépris et l’intolérance, un bien mystérieux libraire venu s’installer quelque temps plus tôt dans cette ville qui l’a rejeté.

Je n’en dirai pas plus, car ce livre est court et je ne veux rien dévoiler des circonstances et des détails de cet étrange récit. Une adaptation du célèbre conte du joueur de flûte de Hamelin, qui rend ce roman impossible à classer. Impossible à ranger dans une seule case. Conte fantastique et bien sûr moral, cette petite histoire sur les dangers de l’intolérance, et sur la force de la littérature, est en tout cas à lire.

Une année chez les Français, de Fouad Laroui

Nous sommes en 1969, à Casablanca. Un jeune garçon de dix ans, prénommé Mehdi, débarque au prestigieux lycée français de la ville. Il arrive avant tous les autres enfants, internes comme lui, flanqué de deux dindons achetés en route par son oncle, car il ne serait pas convenable que Mehdi n’ait pas de présent à offrir à ceux qui vont l’accueillir et l’héberger. Mais ce cadeau, ainsi que son mutisme et son attitude rêveuse, vont attirer l’attention sur lui, qui voudrait tant passer inaperçu.

Petit à petit, le jeune garçon va devoir apprendre à décoder cet environnement inconnu et étrange. Lui qui vient d’un petit village et est issu d’une famille pauvre, va côtoyer les enfants des familles les plus aisées du pays. Et l’apprentissage ne sera pas toujours facile, car les enfants -- et les adultes -- savent se montrer railleurs et parfois cruels envers qui ne leur ressemble pas. Heureusement que Mehdi a son refuge de toujours, celui grâce auquel il a obtenu la bourse qui lui a permis de venir étudier dans ce lycée : la lecture.

Avec beaucoup d’humour et une tendresse touchante, Fouad Laroui nous offre un roman qui, bien que léger, met l’accent avec ironie sur des sujets qui ne le sont pas. Et c’est par le biais de petites scènes le plus souvent drôles, mais parfois graves aussi, qu’il évoque la suffisance et le racisme ordinaire dont est victime le jeune héros. C’est ainsi que le réveillon de Noël, que Mehdi passe dans la famille de son ami Denis puisque sa propre famille n’est pas venu le chercher, commence dans la bonne humeur pour se terminer sur un ton bien plus acide.

Ce livre est une jolie leçon, justement parce que l’auteur se garde bien d’en donner. Un joli moment de lecture, doublé d’un bel hymne à la littérature.

Comme une ombre, de Michel Schneider


Trente ans après la mort de son frère Bernard, Michel Forger reçoit une lettre qui le ramène brutalement en arrière. Vers ce frère qui ne voulait pas se laisser aimer et se rendait détestable. Cette missive, écrite par la maîtresse de Bernard, fait ressurgir tous les souvenirs partagés, et toutes les questions restées en suspens et qui le resteront, puisque Bernard a choisi de mettre fin à ses jours sans la moindre explication. La seule certitude pour Michel, c’est que la guerre d’Algérie aura achevé la destruction d’un homme déjà fragile et inapte au bonheur. Un homme qui ne trouvait pas les mots pour parler, et ne s’exprimait que par la violence. Un homme qui ne trouvait le calme et le repos que dans la musique.

La construction de ce roman peut de prime abord surprendre. Elle alterne en effet les paragraphes narrant l’enquête menée par l’auteur pour reconstituer les pièces du puzzle de la vie de son frère (rédigés à la première personne), et ceux racontant les souvenirs d’enfance et de vie des deux frères (rédigés à la troisième personne). Mais le lecteur intègre très vite cette mécanique et se laisse emporter par cette alternance des deux époques, qui ont en commun les interrogations sur la personnalité d’un frère aimé mais qui refuse l’amour. Interrogations et blessures, que Michel portera toujours en lui, même si le fait d’avoir entrepris l’écriture de ce roman est de nature à faire pâlir un peu l’ombre pesante de Bernard.

Une ombre pesante pour l’auteur, qui peut le devenir aussi pour le lecteur. Car cette reconstitution, bien qu’ayant une forme romanesque, est autobiographique. Et j’avoue avoir parfois eu du mal à prendre en charge le fardeau de Michel Schneider. Une famille nombreuse et complexe, des sentiments ambigus, beaucoup de silence et de violence contenue (ou pas), cela fait beaucoup pour un seul homme. Et il peut s’avérer difficile de partager une histoire à ce point intime et douloureuse, même si elle est bouleversante et remarquablement écrite. D’autant que le personnage de Bernard n’a rien pour susciter l’empathie, et qu’il fallait l’amour inconditionnel d’un frère pour en faire un héros de roman. J’ai refermé ce livre un peu éprouvée, soulagée d’en avoir fini avec une histoire si déprimée.

Les villes de la plaine, de Diane Meur

Lecture en cours A Jaïneh, petit village de montagne, on ne plaisante pas avec l’honneur. C’est ainsi qu’Ordjéneb se voit contraint de fuir les siens et son univers, incapable d’honorer une dette contractée auprès de son propre frère. Après quelques jours d’errance, il arrive dans la grande ville de Sir, espérant y trouver du travail. Mais les Siriotes sont fiers et ne se montrent guère accueillants envers les simples montagnards. Ordjéneb va très vite s’en rendre compte, et ses manières brutes doublées de son langage différent, vont lui attirer des ennuis dès son arrivée. D’autant qu’il ignore tout des lois d’Anouher qui régissent la cité. Anouher le fondateur éclairé, vénéré tel un Dieu, dont il va devoir tout apprendre s’il veut espérer se faire une place dans cette ville.

Heureusement pour lui, c’est auprès de l’un des personnages les plus importants de Sir qu’Ordjéneb va trouver du travail. En devenant le garde du corps d’Asral, le maître scribe, il va se retrouver au coeur même des lois d’Anouher. Asral réalise en effet une copie des lois du grand maître, et Ordjéneb doit protéger cette si précieuse copie. Petit à petit, un lien d’amitié va se nouer entre les deux hommes. Et par ses réflexions simples empreintes de sagesse, le montagnard va amener l’érudit à s’interroger sur l’interprétation des lois, qui prévaut à Sir depuis la nuit des temps.

C’est dans une Antiquité imaginaire que Diane Meur a choisi de plonger le lecteur. Et pourtant, comme elle semble réelle cette ville de Sir ! Vibrante, humaine, dure aussi, sa réalité ne fait aucun doute et l’on peut la sentir, la dessiner même.
Avec son grand talent de conteuse – que j’avais déjà beaucoup apprécié dans Des vivants et des ombres -- Diane Meur nous entraîne dans le sillage de ce scribe en proie au doute, qui mène un travail d’archéologue pour découvrir les origines et les secrets de sa ville. Et plus il doute, plus Ordjéneb gagne en assurance pour aider et soutenir son maître, qui ne se fera pas que des amis en osant toucher à ce qu’il y a de plus sacré.

Epopée, histoire d’amour, personnages remarquables, réflexion sur l’interprétation des lois par ceux qui gouvernent… ce roman contient tous les ingrédients pour séduire un grand nombre de lecteurs. Cette incursion dans l’Antiquité est un plaisir à chaque page, qui procure un dépaysement absolu qu’il est bien agréable de goûter, que l’on soit passionné ou non par cette période. Alors ne vous en privez pas !

Editions Sabine Wespieser – 384 pages – parution : août 2011

Le géant égoïste, d’après Oscar Wilde

imoyenne608legeantegoisteaspx.jpeg Une fois n’est pas coutume, je vais vous parler d’un livre pour enfants. Ce livre a en effet attiré mon attention parmi la sélection proposée par le site Babelio pour son édition spéciale de Masse critique. Merci à eux ainsi qu’aux éditions Salvator.

Le géant égoïste est un conte d’Oscar Wilde, et c’est précisément le nom de l’auteur qui m’a attirée. Il y narre l’histoire d’un géant qui ne veut partager son magnifique jardin avec les enfants qui y jouent tous les jours après l’école, et construit tout autour un mur à sa taille, infranchissable pour les petits qui en sont bien malheureux. Evidemment, puisque nous sommes dans un conte, notre colosse va prendre une belle leçon et la morale sera sauve.
Une jolie histoire donc, même si l’athée que je suis a eu un peu de mal avec la référence explicite au Christ, d’autant plus que je n’imaginais pas Oscar Wilde croyant en Dieu. Pour cela, je ne suis pas sûre que j’offrirais ce livre à de jeunes enfants, nonobstant la qualité des illustrations de Daniella Oh.

Les révoltés, de Sandor Marai

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C’est avec beaucoup de plaisir que j’ai retrouvé Sandor Marai, dans ce roman qui évoque les troubles de l’adolescence d’une poignée de jeunes livrés à eux-mêmes alors que leurs pères sont au front. Qu’ils soient issus d’un milieu aisé, ou au contraire défavorisé, ces révoltés partagent le même désir d’affirmation de soi. Ils prennent plaisir à faire des choses stupides voire dangereuses, dont certaines paraissent aujourd’hui désuètes et peuvent faire sourire le lecteur. Mais tout le talent narratif de Marai est bien là, et cette histoire de découverte de soi et de l’autre, d’éveil à la sexualité, de passage à l’âge adulte en pleine première guerre mondiale, est une nouvelle fois brillante.

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