Le blog d’une lectrice

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Un blog parmi d'autres - nombreux et de qualité - dans la communauté des blogueurs passionnés de lecture. Un blog pour vous faire partager mes coups de coeur littéraires (qui sont parfois des coups de gueule), mais aussi mes modestes écrits et mes humeurs. Bref un blog pour parler de ce que j'aime ou pas, mais surtout de ce que j'aime… d'où son titre.



Long week-end, de Joyce Maynard

Lecture en cours  Roman lu dans le cadre de l’opération Masse critique, de Babelio. Merci à eux et aux éditions Philippe Rey. 

Henry a treize ans et entrera en quatrième dans quelques jours. En cette fin d’été la chaleur est caniculaire, et à la veille du long week-end du « labour day » (fête du travail célébrée le premier lundi de septembre aux Etats-Unis), sa mère et lui ont prévu de se rendre au supermarché pour faire les dernières courses nécessaires à cette rentrée. Rien que de très banal en somme. A priori oui, sauf que la mère d’Henry, Adèle, vit recluse et ne sort qu’en cas de besoin absolu.  Alors les rares sorties qu’ils font en commun ne sont jamais une partie de plaisir pour ce fils un peu honteux du comportement de celle qu'il aime tant, et il voudrait qu’elles s’achèvent avant d’avoir commencées. Mais cette fois-ci, le scénario ne va pas se dérouler comme prévu. Car Henry et Adèle vont croiser la route de Franck, prisonnier qui vient de s’évader et cherche un endroit où se cacher. Et ce sera dans la maison de cette famille un peu bizarre aux yeux des autres. 

Ce roman est donc un huis-clos, sans jamais pour autant être stressant ou étouffant. Bien au contraire. Car c’est avant l’irruption de Franck que la vie d’Henry et Adèle était suffocante. Dès le début il fait souffler un vent frais et salvateur et se découvre de plus en plus humain au fil de l’histoire. Il est un homme bon et simple qui jusqu’ici a joué de malchance et espère pouvoir démarrer une vie nouvelle. Henry est lui un adolescent qui se cherche, et qui veille sur sa mère, une femme quelque peu fantasque marquée par la vie qui s’est montrée peu clémente envers elle. Ces trois-là étaient faits pour se rencontrer, ce qui est très bien exprimé par Franck lorsqu’il dit qu’il s’est évadé pour pouvoir sauver Adèle. Ce long week-end va bouleverser non seulement leur existence immédiate à tous les trois, mais aussi le reste de leur vie. 

Souvent grave, parfois drôle et toujours touchant, ce roman est une très belle galerie de portraits. C’est d’ailleurs sa qualité principale, l’écriture n’étant pas particulièrement remarquable, si ce n’est dans la capacité de Joyce Maynard à rendre son roman très visuel. Rien d’étonnant à ce qu’une adaptation cinématographique soit déjà en cours. 

Eloge des voyages insensés, de Vassili Golovanov

loge.jpg   C’est le titre de ce livre qui avait en tout premier lieu attiré mon attention. Un titre qui laissait présager qu’il ne s’agissait pas d’un simple récit de voyage. Et je n’ai pas été déçue car c’est effectivement bien plus que ça. Ce périple dans le grand Nord effectué par l’auteur, un journaliste russe plutôt désabusé qui a longtemps porté en lui cette expédition avant de la concrétiser, est une initiation. Initiation pour lui bien sûr, mais aussi pour le lecteur, qui découvre l’île  de Kolgouev, polaire et presque désertique. Et avec elle sa flore, sa faune, et surtout ses habitants peu nombreux : les Nenets. Les faits, les impressions, les sentiments divers et opposés ressentis, les contes et légendes liés à cette île ; tout se mêle en une prose lyrique qui fait de ce livre une œuvre assez magique et totalement inclassable. 

Ma préférence va aux deux premières parties des quatre qui composent l’ensemble. Intitulées le livre du rêve et le livre de la fuite, elles sont pour moi les plus belles et les plus poétiques. Car elles font la part belle à l’imaginaire de cet homme qui a tant rêvé de cette île. Une île fantasmée et idéalisée (« C'est l'idée de l'île que j'ai aimée, bien avant d'y mettre le pied »). Les deux suivantes, le livre de l’expédition et le livre des destins, sont le journal de l’aventure puis de son achèvement et fourmillent de détails sur les écrits d’autres explorateurs qui ont avant lui fait l’expérience de la vie sur ce territoire perdu au bout du bout du monde. Un territoire vu comme une quête du Graal qui donnera sens à sa vie…à la vie.  Et la conclusion de ce récit montre que cette quête n’aura pas été vaine, même si la conquête fut coriace. 

Sukkwan island, de David Vann

Lecture en cours   Roy a treize ans. Mais à l’âge où les copains et le collège occupent une place capitale dans la vie d’un adolescent, il a décidé d’accompagner son père sur une île désertique de l’Alaska et d’y vivre une année coupé du monde. Ce projet un peu fou a germé dans l’esprit de ce père qu’il connaît si mal, car ses parents ont divorcé lorsqu’il était enfant et que les liens se sont ensuite distendus entre eux. Très vite, Roy s’aperçoit que son père a beaucoup moins bien préparé cette aventure qu’il ne l’avait affirmé, et l’organisation de leur survie va occuper l’essentiel de leur temps. Alors au lieu du rapprochement espéré, cette situation ne va créer que de l’incompréhension mutuelle et des tensions qui iront crescendo…jusqu’au drame. 

La lecture de ce livre est une véritable épreuve. D’une noirceur totale, et encore ce qualificatif est-il bien mièvre, il ne laisse aucun répit au lecteur qui se retrouve plongé dans ce huis-clos pénible entre un père et son fils. Comme s’il était le troisième être humain présent sur l’île avec eux. Il devient un spectateur impuissant de cette intrigue parfois difficilement soutenable, et qu’il est cependant impossible d’abandonner, bien que la nausée ne soit jamais loin.  Par une alchimie difficile à expliquer, l’auteur nous tient en haleine avec cette intrigue dont on sent très vite qu’elle ne sera que tragédie et douleur. Sans doute la magie du style et des mots pourtant crus et sans fard. Sukkwan island est un livre choc, un livre dur qui retourne et qui obsède. 



Mother India, de Manil Suri

Lecture en cours   Mîra a dix-sept ans lorsque débute ce roman. Elle grandit entre une mère très effacée, un père très engagé politiquement qui régente la vie de sa famille en fonction de ses idéaux, et une sœur aînée qui lui fait de l’ombre et dont elle est jalouse. Aussi à l’âge où l’on se cherche encore et où l’on cherche sa place au sein d’une fratrie, Mîra va-t-elle ravir son fiancé à cette sœur à qui tout réussit et qui est la préférée. Mais ce geste impulsif ne va bien sûr pas lui apporter le bonheur espéré. 

Ce livre qui avait fait l’objet de critiques élogieuses sur d’autres blogs m’a très vite ennuyée. Et ce en raison de ce personnage de femme qui s’enferme dans son rôle de mère parce qu’elle n’est pas heureuse en amour. Et devient possessive, exclusive, tout au long de ce long roman. Si bien qu’à la longue, je l’ai tout bonnement prise en grippe. Le seul personnage réellement intéressant à mes yeux est le père de Mîra, homme à la grande ouverture d’esprit, qui encourage l’émancipation des femmes et proscrit toutes les religions en raison des atrocités qui sont commises en leur nom. 

Bien sûr on peut retenir de ce livre le contexte historique dans lequel il se situe, à savoir quelques années seulement après la partition de l’Inde en deux nations : l’Inde et le Pakistan. Ce contexte a son importance dans l’histoire, mais j’ai justement trouvé qu’il occupait bien peu de place dans l’ensemble. Car il n’est évoqué qu’assez froidement par l’héroïne qui vit ces événements sans jamais se sentir impliquée, tant elle n’est concernée que par son amour fusionnel avec son fils. 

Les Justes, d’Albert Camus

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A la base de cette pièce en cinq actes, une histoire vraie. Celle d’un groupe de terroristes ayant fomenté à Moscou, en 1905, un attentat contre le grand-duc Serge.  Mais après des mois de préparation, le jour prévu, les terroristes renoncèrent en découvrant que des enfants se trouvaient dans la calèche du grand-duc, lors de son passage sur l’itinéraire qui aurait dû lui être fatal.

A partir de ces faits réels, Camus a bâti une fiction, imaginant ce qui avait pu se passer entre les différents protagonistes de cet attentat manqué, cloîtrés dans un appartement qui est leur quartier général autant que leur refuge. Ces hommes et cette femme, unis par une cause qui leur semble juste et qui les dévore, ont toutefois un peu de mal à s’entendre sur la limite à ne pas franchir pour atteindre l’objectif qu’ils se sont fixés. La plupart – et sans doute est-ce là la voix de Camus – pensent que la fin ne justifie pas les moyens. Les innocents ne peuvent payer pour des actes dont ils ne sont en rien responsables. 

Un couple émerge de ce quintette, Dora et Kaliayev. Magnifiques et flamboyants, ces deux héros au destin tragique, à l’amour impossible, illuminent cette pièce bouleversante, et on imagine sans peine que leur incarnation physique sur la scène du théâtre Hébertot (la pièce fut créée en 1949) par Maria Casarès et Serge Reggiani, a dû être un grand moment de théâtre. On sait que Maria Casarès et Albert Camus s’aimaient… et quelle plus belle preuve de cet amour l’auteur pouvait-il offrir à la comédienne que ce personnage féminin exceptionnel ! 

Je ne sais s’il existe un dictionnaire des citations de Camus, ce qui pourrait être le cas tant il a écrit de phrases belles et marquantes, souvent citées ces temps derniers qui l’ont vu revenir sous les feux de l’actualité. Voici celles que j’ai retenues dans ce texte : 

«C'est facile, c'est tellement plus facile de mourir de ses contradictions que de les vivre.»  

«Mourir pour l'idée, c'est la seule façon d'être à la hauteur de l'idée.» 

«Tout le monde ment. Bien mentir voilà ce qu'il faut.» 

«La liberté est un bagne aussi longtemps qu'un seul homme est asservi sur la terre.» 

Kornel Esti, de Dezsö Kosztolanyi

kornelesti.jpg   L’auteur de ce roman en est également le narrateur. Un narrateur qui a composé son récit de plusieurs chapitres qui sont autant d’épisodes de la vie de Kornel Esti, unique héros de cette histoire. Le but affiché par ce narrateur est en fait de faire découvrir et connaître cet homme, qui est son ami depuis longtemps, en revenant sur des épisodes marquants de sa vie ou de simples anecdotes, souvent drôles. Car ce personnage est fantasque et farceur, et n’a pas son pareil pour se retrouver dans des situations cocasses. 

Au fil de la lecture, on devine que ce héros est en quelque sorte le double de l’auteur. Car le narrateur – l’ami – est au final peu présent dans cette succession d’aventures. On imagine alors que ce roman est une sorte d’autobiographie imaginaire et idéale. La vie rêvée d’un auteur hongrois dont j’ai découvert la prose avec plaisir. 



Aimez-vous Brahms.., de Françoise Sagan

Lecture en cours   Paule aime Roger. Ils ont tous deux la quarantaine et entretiennent une liaison depuis plusieurs années sans être toutefois pleinement un couple. Car Roger refuse de s’engager, par crainte de porter atteinte à sa liberté. Une liberté qu’il exprime par des infidélités répétées. Alors Paule et Roger ne dorment que rarement ensemble et se bornent à partager quelques soirées. Uniquement lorsqu’il le décide.  Aussi lorsque Simon, jeune homme de vingt-cinq ans rencontré par hasard, tombe follement amoureux d’elle, Paule tombe sous le charme et ne résiste que peu avant de se laisser conquérir. 

Voilà, tout est dit. Cette histoire d’amour à trois protagonistes se résume en ces quelques lignes. Il ne se passe en effet rien d’autre dans ce roman au style et au ton certes agréables, mais à l’intrigue bien mince. C’est son atmosphère que l’on retient plus que tout autre chose. Certes l’amour réel qui existe entre Paule et Roger finira par faire retrouver leur cours normal à ces deux existences, mais ce sera là aussi sans heurts ni vagues.  Peut-être n’ai-je pas abordé Sagan par son meilleur roman. Sans doute aussi, et surtout,  cette découverte intervient-elle trop tardivement. Je me suis sentie trop vieille pour être touchée par cette histoire…pour être sensible au style de Sagan. 

Porte

 Petit jeu d'écriture…et oui, ça faisait longtemps ! (petit clin d'oeil à celle qui se reconnaîtra si elle passe par ici)

porte.jpg   La porte vient de se refermer brutalement sur dix ans de ma vie. Dix ans de joies, de peines, d’insouciance et de sérénité. Dix ans c’est très peu, mais ça peut sembler une vie entière si on a le sentiment qu’avant il n’y avait rien. Que la vie avait précisément commencé au début de ces quelques années. Alors pourquoi fermer cette porte ? Pourquoi tourner le dos à ce bonheur certes simple mais qui avait le mérite d’exister ? Pourquoi partir, tout quitter ? Pour vivre une autre histoire, écrire une autre page ? Pour se sentir plus vivant, plus libre ? Autant de questions auxquelles je n’ai pas fini de chercher des réponses.

La porte vient de se refermer et je n’y étais pas préparée. Hier encore tout me semblait bien en place, bien ordonné…fait pour durer. Comment tout avait-il basculé en quelques instants je ne saurais le dire, l’expliquer. L’instant d’avant nous étions deux du même côté de la porte ; l’instant d’après elle nous séparait. Barrière désormais infranchissable. Frontière imperméable entre deux vies maintenant distinctes qui ne suivront plus jamais le même cours.

La porte vient de se refermer brutalement entre nous, et je ne sais pas encore si je suis du bon ou du mauvais côté. Et pourtant c’est moi qui ai claqué cette porte. Je suis celle qui quitte, qui rompt le fil, qui sépare les deux moitiés d’un tout. Qui part sans arme ni bagage vers l’inconnu. Cet inconnu qui m’appelle et m’attire irrésistiblement. Comme toujours, dès que je sens que l’ancre risque de me retenir définitivement au port.

Je pars pour éprouver une fois encore cette sensation unique, ce souffle si puissant lorsque ma vie commence. Je pars pour me retrouver, sans même m’être perdue. Au risque de tout perdre.

La mauvaise vie, de Frédéric Mitterrand

Lecture en cours  Cette mauvaise vie, qui a bien sûr les accents d’une autobiographie sans en être réellement une, est avant tout le reflet de sentiments, de blessures, voire de fantasmes. Ceux d’un homme qui, ne se sentant déjà plus jeune, a eu envie de se livrer… de se délivrer peut-être.  Il le fait de manière à la fois directe et pudique, racontant aussi bien ses rencontres avec des personnalités qu’il ne nomme pas mais que l’on reconnaît, que sa grande difficulté à aimer et plus encore à être aimé. 

D’où une autofiction qui génère chez le lecteur des sentiments divers. J’avoue avoir été souvent touchée, parfois émue, mais aussi gênée de partager une telle intimité. Car certaines confessions sont directes et donc assez rudes. Non pas car elles sont malsaines, mais parce qu’elles sont l’expression d’une grande solitude, d’un mal-être qui est pesant. Les aventures d’un soir que Frédéric Mitterrand va chercher dans Paris ou en Thaïlande sont autant de quêtes de moments de désir et de complicité partagés qui bien évidemment sont toujours à sens unique et stériles. Et l’homme que nous connaissions sous un jour différent apparaît alors dans toute sa fragilité et sa sensibilité.  Il a parfaitement conscience de la triste réalité de ce qu’il vit et en parle sans faux-semblant. En toute honnêteté. 

Bien sûr on peut s’interroger sur le sens de cette démarche, sur ce besoin de rendre public ce qu’il y a de plus intime et de plus personnel. Et s’en agacer ou au contraire y être sensible. Je m’inscris plutôt dans cette seconde catégorie… sans doute car rien ne m’a choquée dans ces mots empreints d’une grande émotivité et d’un talent indéniable pour l’écriture. Mais que l’on aime ou pas, rien ne justifiait dans ce livre la polémique surgie récemment et qui me semble aujourd'hui encore plus indigne et injustement violente. L’arène politique est décidément bien cruelle. Rappelons tout de même que ce livre sorti en 2005 n’avait pas suscité de telles réactions à l’époque. Mais ceux qui en avaient parlé alors l’avaient lu, eux. 

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