Le blog d’une lectrice

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Un blog parmi d'autres - nombreux et de qualité - dans la communauté des blogueurs passionnés de lecture. Un blog pour vous faire partager mes coups de coeur littéraires (qui sont parfois des coups de gueule), mais aussi mes modestes écrits et mes humeurs. Bref un blog pour parler de ce que j'aime ou pas, mais surtout de ce que j'aime… d'où son titre.



Comment les fourmis m’ont sauvé la vie, de Lucia Nevaï

Lecture en cours    Belle surprise que ce roman lu dans le cadre de l’opération Masse critique de Babelio. L’histoire de Crane, petite fille qui grandit dans la misère, entre deux mères et un père tous les trois plus fantasques et dépassés les uns que les autres, est  très touchante. Née avec une tête déformée parce que sa mère a essayé de se débarrasser d’elle lorsqu’elle était enceinte, cette enfant va grandir entre un frère et une sœur qui vont lui apporter tout l’amour qu’il leur est possible de donner dans ces conditions plus que difficiles. Mais la vie va les séparer, et malgré cette douleur qui ne la quittera pas, Crane va avoir de la chance. La chance d’être recueillie par une famille aimante au sein de laquelle elle va pouvoir se construire. La chance aussi d’aller enfin à l’école, où elle va se révéler très douée, en particulier dans les matières scientifiques. Et une étude sur les fourmis va lui ouvrir les portes d’un avenir prometteur.

J’ai donc aimé ce livre assez singulier, et en particulier son personnage principal de petite fille un peu décalée qui fait le dur apprentissage de la vie. Et qui est tiraillée entre son ancienne vie dont elle avait su tirer quelques enseignements, et la nouvelle qui est tellement plus facile mais où elle continue d’être regardée comme un monstre de foire. Une petite fille qui va devenir une femme pleine de failles et de blessures. De ce type de blessures qui rendent fort et beau.

Merci à Babelio et aux éditions Philippe Rey pour cette découverte.

Exit le fantôme, de Philip Roth

Lecture en cours    Nathan Zuckerman est de retour à New York après une longue absence. Une absence obligée suite aux menaces de mort à caractère antisémite reçues à plusieurs reprises après la parution d’un de ses romans. Car Nathan est un auteur reconnu, aujourd’hui septuagénaire, retiré à la campagne et vivant en ermite.

La raison qui le fait revenir dans sa ville est médicale. Il vient subir une intervention chirurgicale suite à un cancer de la prostate dont il est sorti ; malheureusement pas indemne. Mais son séjour va se prolonger et durer plus longtemps que prévu, car le vieil homme va croiser par hasard la route d’un jeune couple dont la femme va profondément le troubler et réveiller en lui des sentiments qu’il pensait éteints. Il va également revoir une femme aujourd’hui aussi âgée que lui et malade comme lui, mais dont il se souvenait jeune, belle et pleine d’avenir. Cette femme, qui  fut la muse d’un grand écrivain qui était le mentor de Zuckerman, lui renvoie une image de déchéance physique qui ressemble à la sienne, ce qui le bouleverse.

Je me réjouissais de retrouver Philip Roth, dont le style simple et le ton sarcastique sont toujours un vrai bonheur. La politique est ici comme souvent très présente – l’action se déroule lors de l’élection présidentielle de 2004 – et les attentats du 11 septembre  continuent d’obséder les esprits. Mais malgré ce sujet et cette toile de fond qui pourraient sembler lourds et rebutants, ce roman est bourré d’humour… cynique bien sûr. Pourtant, il m’a moins plu que « le complot contre l’Amérique ». J’ai trouvé en effet que le récit tournait un peu en boucle à partir du moment où le héros se met à écrire des dialogues imaginaires avec la jeune femme qui met ses sens en émoi, fantasmant ainsi une vie sexuelle devenue impossible. Des dialogues intéressants certes, mais à mon sens moins que le reste de l’histoire.

Trente ans et des poussières, de Jay Mc Inerney

Lecture en cours    Ils sont beaux, jeunes et talentueux, et semblent promis à un brillant avenir. Russel et Corrine Calloway forment un couple idéal, que leurs amis envient tant leur union semble parfaite. Lui travaille dans une maison d’édition, elle est courtière en bourse et soigne sa mauvaise conscience en donnant de son temps pour distribuer des repas à la soupe populaire. Mais l’ambition et l’envie de gagner toujours plus vont venir doucement ternir ce joli tableau, ce bonheur qui n’était peut-être que de façade.

Voilà pour le sujet de ce roman d’un auteur contemporain américain décrit comme le plus talentueux chroniqueur d’une génération qui eut beaucoup d’illusions et se brûla les ailes. Au même titre que Bret Easton Ellis, puisqu’ils se situent dans la même veine et sont tous deux au premier plan de la scène littéraire américaine.

Pourtant cette chronique, qui se situe dans les années 80, m’a considérablement ennuyée. Car ces deux personnages sont terriblement superficiels, et cela transparaît dans les nombreux dialogues qui émaillent le roman. Je ne suis parvenue à m’attacher – un peu – à eux que dans les cent dernières pages, lorsque ce que l’on appelle les accidents de la vie viennent leur apporter un peu de profondeur et beaucoup de gravité. Peut-être alors lirai-je la suite de leur histoire, narrée dans « la belle vie », qui elle prend corps dans l’après 11 septembre. Mais pas tout de suite…



Christian Bobin

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J’ai découvert Christian Bobin il y a peu de temps…très peu de temps même. Grâce à un ami qui m’a offert ces deux livres très courts d’un auteur contemporain dont j’ignorais jusqu’au nom.

Et je le remercie de cette découverte, même si je dois reconnaître que j’ai  un peu de difficulté à exprimer ce que j’ai éprouvé à la lecture de ces ouvrages qui sont tellement éloignés de ce que l’on a l’habitude de lire.

La langue est belle, mais il n’y a pas d’histoire à proprement parler, surtout dans la part manquante.  Dans la femme à venir, nous voyons une petite fille devenir femme et connaître ses premiers émois amoureux, et l’histoire est prétexte à une succession de phrases qui pourraient toutes ou presque figurer dans un dictionnaire de citations.

Je suis ressortie de ces lectures avec le sentiment d’avoir découvert un auteur à part, sans doute poète avant tout. Un auteur minimaliste exprimant le ressenti plus que le vécu. Un écrivain inclassable.

Voici quelques extraits de ces deux recueils :

«Ce n'est pas pour devenir écrivain qu'on écrit. C'est pour rejoindre en silence cet amour qui manque à tout amour»  (la part manquante).

«Les enfants sont comme les marins : où que se portent leurs yeux, partout c'est l'immense» (La part manquante).

« C’est facile de mener plusieurs vies. Il suffit de n’en avoir aucune à soi » (La femme à venir).

« Faire l’amour en cachette, c’est comme voler des bonbons à l’épicerie. C’est délicieux » (La femme à venir).

« Il n’y a pas d’autre attente que de vivre » (La femme à venir).

L’homme qui tombe, de Don de Lillo

Lecture en cours   Keith marche dans les rues de New York, une mallette à la main. Il vient de quitter son bureau situé dans l’une des tours du World Trade Center, qui n’est plus qu’un tas de cendres, de métal et de chair. Keith avance tel un robot, en état de choc, s’accrochant à cette mallette qui ne lui appartient pas. Ses pas le mènent chez sa femme dont il est pourtant séparé, et pour cette dernière le choc est double de voir son mari trouver refuge chez elle après être sorti vivant de cet enfer.

Nous sommes le 11 septembre, et pour tous les protagonistes de ce roman, le temps va se figer durablement à cette date. Keith, son fils, son épouse et les malades d’Alzheimer pour lesquels elle anime des ateliers d’écriture… tous sont choqués et expriment à leur manière ce traumatisme.

Malheureusement, après un premier chapitre saisissant où l’écriture mécanique  rend à la perfection l’état de stupeur du héros, l’action se fige et ne progresse pas. Le temps s’écoule entre les parties de poker de Keith, les ateliers d’écriture de son épouse et les jeux du fils avec ses copains. L’homme qui tombe - qui donne son titre au livre - est un artiste de rue qui n’intervient que très peu. Mais il n’est pas le seul à tomber…tous ces hommes et ces femmes sont en chute libre et font penser à des zombies. Pas tout à fait morts mais plus complètement vivants.

D’où  une impression de lenteur, de léthargie, qui m’a envahie dès le second chapitre et ne m’a plus quittée avant le dernier, où le lecteur se retrouve plongé dans l’avion juste avant qu’il ne percute la tour dans laquelle travaille Keith. Comme le premier, ce chapitre est saisissant… et m’a d’autant plus fait regretter la lenteur de l’ensemble.

Guide de l’incendiaire des maisons d’écrivains en Nouvelle-Angleterre, de Brock Clarke

Lecture en cours    Le héros de ce roman, Sam Pulsifer, a passé dix ans de sa vie en prison pour avoir incendié la maison d’Emily Dickinson. Car cet incendie, purement accidentel selon lui, a malheureusement causé la mort d’un couple de guides présents dans les lieux.

A l’issue de son incarcération, Sam se reconstruit, ou plutôt se construit une famille à laquelle, bien sûr, il cache cette vérité. Jusqu’au jour où un inconnu vient frapper à la porte de sa maison et bouleverse cet équilibre fragile.

Ce livre au titre improbable est pour moi un véritable Objet Littéraire Non Identifié ! Il emprunte bien sûr largement au genre policier, sans toutefois pouvoir être classé dans cette catégorie. Car la part d’enquête occupe peu de place et est somme toute sans grande importance. Cette intrigue est avant tout loufoque, et l’auteur  y fait preuve d’un humour absurde et parfois grinçant, dont le titre est révélateur. Le point central est le portrait du héros, Sam Pulsifer, qui se définit lui-même comme un « cafouilleur » de première, et qui n’a pas son pareil pour s’empêtrer dans les difficultés et s’enfoncer dans le mensonge. D’où une cascade de situations toutes plus folles et invraisemblables les unes que les autres.

Alors certes on ne s’ennuie pas dans la lecture de ce roman léger et absurde. Le ton en est original, ce qui est déjà un excellent point. Pour autant je crains qu’avec le temps, il ne laisse pas un souvenir impérissable et ne figure donc pas parmi les romans les plus marquants de cette rentrée.

 

En voici un petit extrait, pour une idée précise du ton général :

 « Moi, Sam Pulsifer, je suis l’homme qui a accidentellement réduit en cendres la maison d’Emily Dickinson à Amherst, Massachussetts, et qui ce faisant, a tué deux personnes, crime pour lequel j’ai passé dix ans en prison. Il suffira sans doute de dire que parmi les grandes et sinistres tragédies qui ont frappé le Massachussetts il y a les Kennedy, les sorcières de Salem, et puis il y a moi. »



Ce que les livres disent de vous…

livres.jpg   Me voici taguée par Daniel ! Et c'est parti pour 14 questions somme toute très personnelles :

1) A quel livre dois-tu ton premier souvenir de lecture ? “La fameuse invasion de la Sicile par les ours”, de Dino Buzzati. Quand j'y pense… l'Italie déjà !

2) Quel est le chef d'oeuvre “officiel” qui te gonfle ? J'avoue avoir abandonné “le rouge et le noir” de Stendhal, qui m'était tombé des mains.

3) Quel classique absolu n'as-tu jamais lu ? S'il n'y en avait qu'un ! La liste est longue et j'ai honte ! Entre autres: “Madame Bovary, “Les misérables”, “Guerre et paix”…

4) Quel est le livre, unanimement jugé mauvais, que tu as honte d'aimer ? Sincèrement, je n'en vois aucun.

5) Quel est le livre que tu as le sentiment d'être la seule à aimer ? Là aussi, ce n'est sincèrement jamais arrivé.

6) Quel livre aimerais-tu faire découvrir au monde entier ? “Pluie noire” de Masuji Ibuse.

7) Quel livre ferais-tu lire à ton pire ennemi pour le torturer ? Spontanément je pense à “Premier roman”, de Mazarine Pingeot. Je suis méchante ? Tant pis !

8)  Quel livre pourrais-tu lire et relire ? Je n'ai jusqu'ici jamais rien relu. Si je devais le faire, ce serait fort logiquement “Pluie noire” cité à la question 6.

9) Quel livre faut-il lire pour y découvrir un aspect de ta personnalité ?  “Mars”, de Fritz Zorn. Très sombre, mais je me suis un peu retrouvée en lui.

10) Quel livre t'a fait verser tes plus grosses larmes ? Je pense n'avoir jamais pleuré en lisant. Mais la lecture de “Tom est mort”, de Marie Darrieussecq, a été quelque peu éprouvante.

11)  Quel livre t'a procuré ta plus forte émotion érotique ?  “Loin de Chandigarh”, de Tarun J. Tejpal. Un roman axé sur la sensualité.

 12) Quel livre emporterais-tu sur une île déserte ?  Un pavé comme “le roman de la cité interdite” (de Jirô Asada), ou la trilogie “Titus d'enfer” (de Mervyn Peake).

13)  De quel livre attends-tu la parution avec la plus grande impatience ? Aucun en particulier.

 14) Quel est selon toi le film adapté d'un livre, le plus réussi ?  “Shining”, de Stephen King, adapté par Stanley Kubrick.


Je passe la balle à : NainaYv, Eric et Alex.

Vie et passion d’un gastronome chinois, de Lu Wenfu

vieetpassion.jpg   Derrière ce titre alléchant et prometteur se cache l’histoire de deux hommes radicalement différents, qui ne s’apprécient guère et dont les destins sont cependant liés.

D’un côté le narrateur, Gao Xiaoting, révolutionnaire assez austère qui n’a que mépris pour la nourriture et ceux qui s’adonnent à la gourmandise. De l’autre, Zhu Ziye, capitaliste gourmet pour qui les plaisirs de la table sont primordiaux et même vitaux. La haine de l’un pour l’autre tient au fait que Gao Xiaoting, né pauvre, s’est depuis l’enfance trouvé en situation d’être constamment redevable de la générosité de Zhu Ziye. Grâce à ce dernier, sa mère et lui ne se sont pas retrouvés à la rue, mais cette situation d’obligé le met en colère, et a certainement suscité cette aversion pour la passion de celui qu’il considère comme un ennemi.

Nous voyons donc ces deux personnages grandir puis vieillir ensemble. Et faire des choix différents, notamment sur le plan politique (l’intrigue se développe durant les années 1930-1970). La situation du pays n’est d’ailleurs évoquée que dans ses grandes lignes, ce qui donne l’impression que le livre s’adresse d’abord à des connaisseurs de l’histoire chinoise.

Et ce choix se comprend car, a priori du moins,  le véritable personnage central de cette histoire est la cuisine. En tout cas c’est ce que dit l’éditeur en quatrième de couverture, dont la première phrase est « ce roman se déguste une serviette autour du cou ».

Et j’avoue trouver cette description quelque peu trompeuse. Le jeu de mots est facile,  mais je dirais que je suis restée sur ma faim. Il est certes question de quelques plats qui mettent l’eau à la bouche, mais à part la scène du banquet final, je trouve personnellement que la cuisine chinoise a peu de place dans cette histoire. Sans doute car le narrateur n’en est pas l’amoureux des bons plats mais celui qui les déteste. C’est dommage.

Je conseille plutôt, si l’on cherche à découvrir cette grande cuisine dont on connaît finalement si peu de choses, le roman de Pascal Vatinel : « l’affaire du cuisinier chinois ».

Lettre d’une inconnue, de Stefan Zweig

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Dès la très belle préface écrite par Elsa Zylberstein dans cette édition (collection la Cosmopolite, chez Stock), on sait que l’on aura affaire à du très beau Zweig. Et cela se confirme dès les premières lignes de cette nouvelle déchirante et bouleversante. Cette lettre d’une inconnue, qui se lit d’une traite et dans un seul souffle, est le cri d’une femme frappée, au moment où elle la rédige, par le plus grand drame qui puisse être. Le destinataire de cette missive est le seul homme qu’elle ait jamais aimé, qu’elle a croisé plusieurs fois dans sa vie mais pour qui elle n’a jamais été qu’une inconnue, une aventure de quelques nuits.

Je ne dirai rien des circonstances qui l’amènent à lui adresser ce cri du cœur qu’elle a retenu de trop longues années. Rien non plus de la manière qu’a eu Zweig de rédiger cette nouvelle, commençant chaque nouveau chapitre par la même phrase, insupportablement douloureuse. Car cette lettre est brève, brûlante et passionnée, et rien ne doit en être révélé afin de ne pas atténuer les sentiments forts que le lecteur éprouvera assurément lors de la découverte de ce texte magnifique.

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